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Risques technologiques : quel avenir pour les industries à risques ?

La quatrième édition des Assises nationales des risques technologiques a rassemblé 800 personnes le 21 octobre à Douai. Une telle affluence démontre l’importance de cet enjeu où se joue l’avenir des riverains, des industriels, et de l’environnement.

Risques technologiques : quel avenir pour les industries à risques ?

A l'ouest de La Rochelle, sur le territoire dit de Laleu et La Pallice existent déjà quatre sites Seveso « seuil haut ». Il s'agit des sites de Rhodia, Gratecap, SDLP et Picoty (stockages d'hydrocarbures). Ces sites jouxtent des habitations et il est question d'ajouter quatre cuves de stockage supplémentaires sur le site Picoty.

L'annonce de cette extension inquiète les populations qui considèrent que cet ajout de capacité de stockage va augmenter le risque, conclusion réfutée par l'industriel et la préfecture. Les riverains, récemment constitués en association, s'opposent à l'installation de ces quatre cuves et demandent que celles qui sont actuellement situées près des habitations soient déplacées.

Autre sujet d'inquiétude : sur ce secteur, la préfecture et la Mairie n'ont jamais déployé d'exercice de simulation d'accident et d'évacuation de la population. La population de La Pallice serait-elle sacrifiée sur l'autel du développement économique de La Rochelle ? Ou, selon un point de vue inverse, serait-elle atteinte d'une « risquophobie » injustifiée du point de vue des industriels ?

Le cas du site Picoty est emblématique du risque technologique, à la croisée d'intérêts divergents, où les notions d'intérêt général et de responsabilité civile sont remises en cause par l'ampleur et la durée potentielle des catastrophes industrielles.

 

Controverse autour des PPRT

Instaurés en 2003 par la loi Bachelot dite post AZF, les Plans de prévention des risques technologiques (PPRT) forment un outil ambitieux, qui prend acte des leçons du passé et anticipe l'avenir. Ils prévoient la réduction du risque à la source, qui se traduit par des mesures d'aménagement imposées à l'industriel, l'organisation des secours, l'information des populations, et la maîtrise de l'urbanisation.

Ce dernier volet fait hurler bien des maires. ''Ce pays ne veut plus d'industries !'', s'exclame Michel Delebarre, député-maire de Dunkerque, qui demande "qui va payer" pour les aménagements prévus par les PPRT, à l'heure où les collectivités sont privées de taxe professionnelle.

Philippe Ledenvic, directeur de la DREAL (Direction régionale de l'environnement, de l'aménagement et du logement) de Rhône-Alpes abonde dans le sens du député-maire de Dunkerque : "Le PPRT est un nouveau machin dont on ne sait pas très bien ce qu'il va apporter. C'est le PPRT qui devient le risque, y compris pour le site industriel !".

Experte des risques industriels auprès de France Nature environnement, Maryse Arditi met le doigt sur la question qui fâche : "Les PPRT ne font que prendre acte de deux siècles d'échec en matière d'urbanisation. Si on n'avait pas laissé Toulouse s'étendre jusqu'aux portes de l'usine AZF, la catastrophe aurait été moins conséquente !".

La loi Bachelot de 2003 n'a prévu aucun financement des mesures qu'elle instaure, hormis un crédit d'impôt de 40% pour les propriétaires situés dans les zones de prescription de travaux. Résultat, la « patate chaude » se retrouve entre les mains de l'Etat, des industriels et des collectivités, censés se répartir la charge des mesures prescrites par la loi.

Pour le moment, les expropriations dans le cadre des PPRT sont financées à 66% par l'Etat et les collectivités, et à 33% par l'industrie. L'Etat estime aujourd'hui que le coût des expropriations dépasse les deux milliards d'euros. Un montant qui pourrait apparaître comme une goutte d'eau, s'il était rapporté aux bénéfices de certaines grandes industries.

 

Logique du pollué-payeur

Le risque est de voir les populations riveraines des sites Seveso, pour la plupart issues de milieux ouvriers ou défavorisés, subir une triple peine : aux premières loges des pollutions chimiques, olfactives et sonores, elles vivent sous la probabilité d'un accident majeur, et voilà qu'elles doivent en plus payer elles-mêmes le coût des mesures de protection qui leur sont imposées, s'inquiète le réseau France nature environnement (FNE).

FNE propose d'investir l'argent public à la source, dans la modernisation des outils industriels et la conversion des industries aux meilleures techniques disponibles. De leur côté, les industriels font le gros dos. Entre les revendications des riverains et des écologistes, la crise économique, les mouvements sociaux qui bloquent les ports, et la pression de leurs actionnaires, les exploitants réclament toujours la même chose : la simplification des procédures et la stabilisation des normes.

Reste la réalité, la durée et le vécu des accidents industriels sur le terrain. Tchernobyl en témoigne : la durée de la phase post-accidentelle peut être longue, très longue. En France, depuis 2005, le Comité directeur post-accidentel (CODIRPA), piloté par l'Autorité de sûreté nucléaire, est chargé de réfléchir à la gestion à long terme des conséquences d'un accident industriel comme celui de Tchernobyl.

Par exemple, "comment les produits radioactifs passent dans le sol et dans l'environnement, comment avoir accès à la population irradiée et discuter avec elle", interroge la physicienne du CNRS Monique Sené, qui se souvient que, dans le reste de l'Ukraine, les « Tchnernobyliens » étaient bannis, considérés comme intouchables car contaminés.

Jean-Luc Lachaume, directeur-adjoint de l'Autorité de sûreté nucléaire, constate qu' "on ne peut pas réparer l'irréparable, mais qu'on peut faire en sorte de s'en sortir". Le nucléaire en matière de risque est un cas particulier. En France, les primes d'assurance sont limitées à 600 millions d'euros par accident, et un ensemble de conventions internationales limite la responsabilité de l'exploitant. Le reste - incalculable - étant à la charge de l'Etat.

Pour Jacky Bonnemain, président de l'association Robin des Bois, "le coeur du propos, c'est le lien social. La prévention des risques technologiques est un formidable outil pour retisser le lien social entre ouvriers, entreprises, associations et institutions". Patrick Lagadec, directeur de recherche à l'Ecole polytechnique invité aux Assises comme « grand témoin », semble plus pessimiste : « Nous évoluons dans un milieu instable, avec de plus en plus d'acteurs, et avec de plus en plus de visions différentes sur des sujets qui ne sont pas stabilisés ».

 

Agnès Sinaï

 

 

 

 

Voir aussi Mise en place d'une table ronde sur les risques industriels

 

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wk-hsqe - 27/10/2010© Tous droits réservés


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